Imaginez une corbeille de fruits dans laquelle ont été déposés des pommes, des poires, des bananes, des ananas, des figues. La corbeille est particulièrement appétissante. Et pourtant, l’ami botaniste que vous avez convié à votre table vous dit : « Il n’y a que des faux-fruits dans cette corbeille » !

Vous lui montrez, couteau en main, que ces fruits ne sont pas en plastique, qu’ils sont bien juteux et bien gouteux. Mais il persiste à dire que ce sont des faux-fruits. Et il a effectivement raison …

Qu’est-ce qu’un fruit ?

Avant le fruit, il y a la fleur. J’en ai décrit les différentes composantes dans un autre article consacré aux pièces florales. Pour mémoire, une fleur est composée d’un calice (avec les sépales), d’une corolle (avec les pétales), d’organes mâles (les étamines sécrétant le pollen) et d’organes femelles (les carpelles contenant un ou des ovules et formant le pistil). Ce sont ces carpelles qui, après fécondation, donneront les fruits, tandis que les ovules donneront les graines contenues dans ces fruits.

Un fruit (un vrai fruit, ou un fruit stricto sensu) résulte donc exclusivement de la transformation du carpelle après fécondation.

Qu’est-ce qu’un faux-fruit ?

Le langage courant appelle fruits des organes ou plutôt des ensembles d’organes qui ne résultent pas exclusivement de la transformation des carpelles. Botaniquement parlant, il s’agit alors de faux-fruits.

En principe, après la fécondation, les pièces florales autres que le pistil tombent. On dit que la fleur fane et on voit, par exemple, les pétales joncher le sol. Mais il arrive que, sur certaines espèces, ces autres pièces florales ne tombent pas toutes et qu’elles participent à la formation du fruit. On les appelle alors induvies. Ainsi donc, dans ce cas, le fruit n’est pas constitué du seul carpelle d’où la qualification de faux-fruit.

Faux-fruits à base de réceptacle floral

Les pièces florales sont portées par un réceptacle. Dans certains cas, après la fécondation, ce réceptacle se développe autour du fruit proprement dit. C’est le cas de la pomme ou de la poire. Le vrai fruit dans une pomme est la partie centrale, avec les pépins. Autour, la chair que nous mangeons est pour l’essentiel issue du développement du réceptacle floral.

C’est le cas aussi du cynorhodon sur le rosier ou l’églantier dont la chair rouge provient du développement du réceptacle floral.

La chair de la fraise est elle aussi la résultante du développement du réceptacle floral. Si vous voulez manger les vrais fruits du fraisier, il faut vous contenter des petits grains jaunes (des akènes) que l’on voit à la surface de la fraise.

La pomme-cajou est également un faux-fruit au sens où elle résulte du développement du pédoncule floral qui se transforme pour donner la chair tendre et juteuse comestible située sous la noix de cajou.

On trouve aussi des faux-fruits ou fausses-baies composés de base de sépales, de pétales ou d’étamines.

Faux-fruits à base d’infrutescence

Les inflorescences sont des groupes de fleurs portées par un même pédoncule. Ces inflorescences vont se transformer en infrutescence (groupe de fruits). Sur certaines espèces, ces groupes de fruits semblent n’en former qu’un seul. On parle alors de « fruit collectif ».

Ainsi, sur le figuier, l’inflorescence constituée de très nombreuses petites fleurs est portée par un réceptacle creux. C’est ce réceptacle, en forme de petit sac, appelé sycone, qui va devenir charnu et fermé et qui va former la figue. Les vrais fruits sont en fait les akènes, sorte de petits grains disséminés dans la chair de la figue, qui ne sont donc pas des graines, mais des fruits au sens propre du terme.

De la même manière, l’ananas est constitué d’une multitude de fruits, ou plus exactement de faux-fruits : chacun des petits écussons jointifs qu’on distingue en surface de l’ananas correspond au développement du pistil et du périanthe d’une fleur de l’inflorescence et constitue un fruit élémentaire. Quant au cylindre central de l’ananas, il résulte de la transformation de la hampe florale.

Voici donc pourquoi notre botaniste avait raison de dire que, dans cette corbeille de fruits, il n’y avait que des faux-fruits. Mais il ne les a pas boudés pour autant et le terme fruit dans le langage courant pourra encore désigner à la fois les vrais fruits, comme la cerise par exemple, ou les faux-fruits que sans doute seuls les botanistes ou assimilés sauront reconnaître.